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Les études théâtrales s’ouvrent timidement à des spectacles « autres » que favorisent les tendances actuelles au mélange des arts. Plus timide encore est l’étude des théâtres du monde qui ne sont pas écrits sur le modèle occidental. Pourtant, le théâtre appartient de plein droit à l’ethnopoétique. Seule l’université de Saint-Denis Paris VIII a créé un centre « d’ethnoscénologie » sous la direction de Jean-Marie Pradier. Et nous ne doutons pas qu’un dialogue fructueux pourra s’établir entre nous, car le but est le même : « Peut-être sommes-nous victimes de nos habitudes scolaires et n’accordons-nous d’importance qu’aux seuls objets de l’écriture et de la pensée... Avant les rituels de Bali (présentés à Paris lors de l’Exposition coloniale de 1931), seul en son temps, Artaud, pourtant, pressentait que la création imaginaire ne s’enferme pas dans nos concepts littéraires et que l’homme pense et s’exprime avec tous les sens du corps - gestes, couleurs, sons... - et propose des langages différents qu’il faudrait déchiffrer » (Jean Duvignaud).

Cependant, nous proposons une méthode différente. Il ne s’agit plus de déchiffrer simplement des langages, en étendant au geste et à la musique, les analyses sémiologiques appliquées au texte, mais nous voulons mettre en question l’affirmation que le théâtre serait a priori toujours une forme « d’expression ». Car une telle affirmation présuppose la préséance d’un sujet constitué et autonome, qui « s’exprimerait » ainsi qu’un destinataire de cette « expression », selon une idéologie communicationnelle qui nous semble réductrice et ne pas correspondre à la majorité des théâtres non occidentaux. Il y a bien d’autres façons de penser le rapport du spectacle, de l’acteur et du public, sous la forme de la participation. Ici intervient la notion de rituel énonciatif, présent à tous les niveaux de notre recherche.